La mémoire : une traversée vivante au cœur de notre humanité
Et si la mémoire n’était pas un simple coffre-fort du passé, mais un territoire mouvant, sensible, profondément humain ?
Dans cette chronique, je vous propose une exploration de la mémoire comme processus vivant — à la fois intime et universel. Elle nous guide, nous relie, nous échappe parfois. Elle façonne nos gestes, nos émotions, nos choix. Elle évolue avec l’âge, se réorganise, se réinvente.
Loin des clichés sur l’oubli ou le déclin, la mémoire mérite d’être regardée avec nuance et bienveillance. Car vieillir, c’est aussi se souvenir autrement. C’est apprendre à faire place à ce qui a du sens, à ce qui touche, à ce qui relie.
À travers les apports des neurosciences, les questionnements du quotidien et les élans de l’imaginaire, cette traversée vous invite à redécouvrir la mémoire comme une alliée précieuse, non pas figée, mais profondément vivante.
La mémoire, une traversée intérieure
Mémoire, entre mystère et mouvement
La mémoire nous habite, nous traverse, nous façonne. Elle
est à la fois repère et énigme, fidèle compagne et messagère imprévisible. Ce
texte invite à considérer la mémoire comme un processus vivant, une traversée
intérieure où se mêlent émotions, apprentissages, oublis et résurgences.
Ce voyage au cœur de la mémoire nous convie à la regarder autrement : non comme un bien à préserver coûte que coûte, mais comme une matière vivante à accueillir avec bienveillance. Car se souvenir, c’est aussi continuer à vivre pleinement.
À travers les âges, les métaphores ont tenté de la saisir : bibliothèque, miroir, labyrinthe… Mais les avancées en neurosciences et les expériences humaines nous montrent qu’elle est bien plus qu’un simple stockage. Elle est mouvement, réécriture, adaptation. Elle est aussi source d’inquiétude, notamment face au vieillissement, mais elle peut devenir un lieu de réconciliation, de sens et de lien. Ces métaphores rassurantes ne tiennent plus. Les neurosciences nous montrent qu’il n’existe pas de centre unique de la mémoire, comme il en existe pour le langage ou la vision. La mémoire est un processus distribué, dynamique, en constante réorganisation.
La mémoire est cette faculté intime qui nous permet de
convoquer volontairement un passé jamais tout à fait perdu. Ce passé, loin
d’être effacé, demeure inscrit en nous, prêt à ressurgir à l’appel d’un mot,
d’un visage, d’un lieu. Qu’il s’agisse d’un choix fait hier, d’un savoir
acquis, d’un rendez-vous à ne pas manquer ou du nom d’un ami longtemps oublié,
nous sollicitons notre mémoire autant pour nous orienter que pour regretter ses
absences et ses caprices.
Mais la mémoire, est-ce un bien que l’on possède, que
l’on perd, ou qui nous échappe sans retour ?
Nous avons tous de la mémoire, mais elle est indocile. Elle
ne répond pas toujours à nos appels, et pourtant, elle surgit parfois sans
prévenir, encombrée de souvenirs que nous n’avons pas choisis. Comme si elle se
plaisait à nous jouer des tours, à nous rappeler ce que nous préférerions
taire.
Alors, d’où viennent nos souvenirs ?
Lorsqu’un événement survient, un réseau neuronal s’active.
Plus tard, lorsqu’un indice nous le rappelle, ce même réseau se réveille. C’est
ainsi que le souvenir prend forme. La mémoire se tisse, se modifie, se réécrit
au fil du temps. Les quelque 86 milliards de neurones du cerveau et leurs
innombrables connexions forment le substrat de cette mémoire, mais leur
fonctionnement reste encore largement mystérieux.
Pourquoi les souvenirs d’enfance semblent-ils si vivaces
?
Parce qu’ils ont été encodés dans une mémoire jeune, vive,
disponible. Ces souvenirs ont été traités avec une attention pleine, une
émotion forte, et se sont gravés profondément. Plus tard, ce n’est pas tant la
mémoire qui s’efface, mais la capacité à bien enregistrer les nouvelles
informations qui s’émousse. Le vieillissement affecte surtout l’encodage, moins
la réminiscence.
On ne retient que ce qui fait sens.
L’imagination joue ici un rôle précieux. Elle permet
d’enrichir nos souvenirs, de créer des repères, des images mentales, des liens.
Comme les pièces d’un puzzle, ces éléments s’assemblent autour de fils
conducteurs. Plus ces fils sont nombreux, plus il est facile de retrouver
l’information. La mémoire aime les histoires, les émotions, les images
vivantes.
Se souvenir, c’est ce qui distingue l’humain de l’animal.
Mais le souvenir ne se limite pas à la réminiscence consciente. Il inclut aussi
les automatismes, les gestes appris, les émotions enfouies. Notre mémoire
affective, inconsciente, façonne notre manière d’être au monde. Elle est le
terreau invisible de nos réactions, de nos attachements, de nos blessures et de
nos élans.
Vieillissement, mémoire et peurs associées
Avec l’âge, il est naturel de s’interroger sur sa mémoire.
Les oublis du quotidien, un mot qui échappe, un nom sur le bout de la langue,
une tâche oubliée, peuvent susciter inquiétude, voire angoisse. Pourtant, ces
changements ne sont pas nécessairement les signes d’une pathologie. Ils
traduisent souvent une évolution normale du fonctionnement cognitif.
Le vieillissement cérébral n’est pas une perte, mais une
transformation. Les recherches en neurosciences montrent que certaines
formes de mémoire, comme la mémoire épisodique (celle des événements vécus dans
leur contexte), peuvent décliner avec l’âge. Cela s’explique par une baisse de
l’attention soutenue, une vitesse de traitement plus lente, ou une moindre
efficacité dans l’encodage des nouvelles informations. En revanche, d’autres
formes de mémoire, comme la mémoire sémantique (les connaissances générales) ou
procédurale (les gestes appris), restent stables, voire s’enrichissent.
La mémoire n’est pas figée : elle s’adapte. Le
cerveau âgé n’est pas passif. Il peut mobiliser d’autres circuits pour
compenser certaines pertes. Cette plasticité cérébrale permet à de nombreuses
personnes âgées de maintenir un bon niveau de fonctionnement cognitif,
notamment grâce à l’expérience, à la richesse des réseaux de sens, et à la
capacité à créer des stratégies nouvelles.
Les peurs liées à la mémoire sont souvent amplifiées par
l’isolement ou le manque de repères. Le contexte psychoaffectif joue un
rôle majeur : la fatigue, le stress, la solitude ou la dépression peuvent
affecter la mémoire bien plus que l’âge lui-même. À l’inverse, un environnement
stimulant, des relations nourrissantes, des activités qui ont du sens
renforcent les capacités mnésiques.
Il est essentiel de distinguer oubli et maladie.
Oublier ponctuellement un rendez-vous ou chercher ses mots n’est pas alarmant.
Ce qui doit alerter, c’est une désorientation dans le temps ou l’espace, des
oublis répétés qui perturbent la vie quotidienne, ou une perte de repères
sociaux. Dans ces cas, un accompagnement médical est utile, mais il ne faut pas
conclure trop vite à une pathologie.
Vieillir, c’est aussi se souvenir autrement. Avec le
temps, la mémoire devient plus sélective. Elle privilégie ce qui a du sens, ce
qui touche, ce qui relie. Elle s’éloigne parfois des détails pour aller vers l’essentiel.
Ce n’est pas une perte, mais une autre manière d’habiter son histoire.
Ainsi, la mémoire n’est pas un miroir du passé, mais une
traversée vivante. Elle évolue, se transforme, et peut continuer à éclairer le
présent, à condition d’être regardée avec bienveillance, et non avec crainte.
Au plaisir de vous accueillir dans la bienveillance, Sylvie
N.B. Le masculin est utilisé dans le seul but d'alléger les textes, il englobe tous les genres. Dans les exercices pratiques et les séances, j'utilise le tutoiement.
Sylvie Savard – SySa Relation d’aide
Pédagogue | Hypnothérapeute | Maître-praticienne PNL | Praticienne EFT et TCC
819 347-7664 - sybille6936@gmail.com
Sources :
Simple Science – Vieillissement et mémoire (shs.cairn.info Le vieillissement neurocognitif : entre pertes et compensation https://shs.cairn.info/revue-l-annee-psychologique1-2015-2-page-289?lang=fr)
Cairn – Vieillissement neurocognitif : entre pertes et compensation (scisimple.com Vieillissement et mémoire : Comment l'âge affecte le rappel)
